Comme tout le monde, le Poussin voit sa boîte mail encombrée d'une propagande électorale et artisanale généralement maladroite. Cependant, il a reçu récemment un courrier qu'il souhaite partager, à deux jours du second tour...
"En ces temps effervescents d’entre-deux-tours, il est à
droite des paroles et des discours qui inquiètent, révoltent, indignent. On
s’était déjà offusqué, au soir du 22 avril, de voir le parti de la préférence
nationale et du rejet de l’étranger si bien placé sur la ligne d’arrivée. Mais
voici que le candidat de la droite à présent en lice pour la fin de partie semble
reprendre les poncifs à son compte, les répète sans cesse, les assène sans
scrupule – revient à la charge, même, devrait-on dire, car le virage à la
droite de la droite, on le dit assez, ne date hélas pas d’hier.
Il faut avouer que l’on ne se scandalise peut-être pas sans
raison. Il suffit d’écouter les allocutions du président-candidat. « Frontières »,
« contrôle de l’immigration », « identité nationale », il
n’a que ces mots à la bouche. Mais que devient donc la France, pays éclairé des
droits de l’homme ? Pour les consciences historiques aiguisées, les
spectres des grandes tragédies des dernières décennies ne sont jamais loin (on
l’a bien inscrit dans les programmes scolaires de la République : une
éducation de la mémoire est indispensable, pour que toutes les horreurs du
passé ne se reproduisent plus jamais, etc. – le comparatisme effréné semble aujourd’hui
être une des manifestations les plus éloquentes de cette sage prudence et d’un
esprit enfin formé aux usages heuristiques de l’histoire).
Mais revenons à notre propos. S’il y avait une accusation à
porter en toute bonne foi contre le programme dudit candidat, ce serait donc bien
celle-ci : la droite est fermée, elle stigmatise les différences et refuse
l’accueil de l’autre.
Comme vous, j’entends ce reproche et puis comprendre sans
difficulté les éléments qui, dans le discours et les attitudes de la droite,
poussent ses adversaires à le formuler. Comme vous, il va sans dire que j’en
mesure l’extrême gravité : quand il est question du rapport à l’altérité,
c’est toute notre conception de la vie en société, dans ses manifestations les
plus diverses et dans ses fondements les plus intimes, qui se trouve en jeu.
Puisqu’il s’agit à présent de déterminer, en conscience,
celui des deux candidats qui recueillera dans quelques jours le suffrage déposé
dans l’urne, je procède alors de la même façon que vous, au-delà de tout esprit
partisan, en me demandant lequel se conforme le plus à la vérité, lequel
manifeste le mieux, par ses paroles et ses actes, l’adéquation intrinsèque de
son discours de campagne, de ses promesses et de ses principes. Portons donc la
question que nous venons d’évoquer à l’examen. Si l’on condamne la droite pour sa
fermeture et son incapacité à accueillir la différence, voyons donc ce que
l’autre camp, qui le lui reproche, nous propose. Et s’il l’emporte en cohérence,
reconnaissons-le et rejoignons-le sans hésiter, puisque c’est cette vérité que
nous cherchons.


